En Suisse, la période d’essai, ou temps d’essai, dure un mois dans un contrat de durée indéterminée. Un accord écrit, un contrat-type ou une convention collective peut l’exclure ou la porter à trois mois au plus. Chaque partie peut résilier avec sept jours de délai ; une maladie ou un accident prolonge l’essai d’autant (art. 335b CO).
Dans cet article
Un essai se prépare dès l’offre d’emploi : critères, points de contrôle, entretien de fin d’essai. Nous pouvons le faire avec vous.
Voir le recrutementCombien dure la période d’essai en Suisse ?
Le Code des obligations ne parle jamais de « période d’essai » : il dit temps d’essai, et règle la question à l’art. 335b. Les deux expressions désignent la même chose, pour tout contrat de travail de droit privé.
Par défaut : un mois, dans les deux sens
Si le contrat ne dit rien, le premier mois de travail d’un contrat de durée indéterminée est un temps d’essai, de même durée pour vous et pour le collaborateur (SECO).
Plus court, plus long ou exclu : seulement par écrit, jamais plus de trois mois
Un accord écrit, un contrat-type de travail ou une convention collective peut supprimer l’essai, le raccourcir ou l’allonger jusqu’à trois mois. Un accord oral ne suffit pas. Si votre contrat prévoit six mois, seuls les trois premiers comptent : le Tribunal fédéral parle de nullité partielle (ATF 129 III 124, consid. 3.1). Une prolongation de la période d’essai en cours de route suit la même règle : par écrit, signée avant la fin de l’essai en cours, et jamais plus de trois mois au total.
Contrat de durée déterminée et apprentissage : deux régimes à part
Un contrat de durée déterminée n’a pas de temps d’essai légal, mais les parties peuvent en convenir un (SECO). L’apprentissage a ses propres règles (art. 344a CO), résumées dans le tableau.
| Contrat | Temps d’essai | Ce qui peut le modifier | Base |
|---|---|---|---|
| Durée indéterminée, contrat muet | Le premier mois de travail | Rien | art. 335b al. 1 CO |
| Durée indéterminée, clause écrite | De zéro à trois mois ; au-delà, seuls les trois premiers mois comptent | Accord écrit, contrat-type ou convention collective | art. 335b al. 2 CO ; SECO |
| Durée déterminée | Aucun temps d’essai légal | Les parties peuvent en convenir un | SECO |
| Apprentissage | Un à trois mois ; trois mois si le contrat est muet | Jusqu’à six mois à titre exceptionnel, d’entente entre les parties, avec l’approbation cantonale et avant la fin de l’essai | art. 344a al. 3 et 4 CO |
Ce que dit la loi. Art. 335b du Code des obligations, version en vigueur au 1er octobre 2026.
Al. 1 : « Pendant le temps d’essai, chacune des parties peut résilier le contrat de travail à tout moment moyennant un délai de congé de sept jours; est considéré comme temps d’essai le premier mois de travail. »
Al. 2 : « Des dispositions différentes peuvent être prévues par accord écrit, contrat-type de travail ou convention collective; toutefois, le temps d’essai ne peut dépasser trois mois. »
Al. 3 : « Lorsque, pendant le temps d’essai, le travail est interrompu par suite de maladie, d’accident ou d’accomplissement d’une obligation légale incombant au travailleur sans qu’il ait demandé de l’assumer, le temps d’essai est prolongé d’autant. »
Calculer la fin de la période d’essai, avec l’exemple du Tribunal fédéral
La règle du même quantième
Le mois d’essai se compte comme un délai en mois (art. 77 al. 1 ch. 3 et al. 2 CO) : il finit le jour du mois suivant qui porte le même numéro que le jour d’entrée, ou le dernier jour du mois si ce numéro n’existe pas (entrée le 31 janvier, fin d’essai fin février). Le Tribunal fédéral l’a appliqué à une personne entrée en service le 15 juillet 2015 et absente un jour pour maladie (ATF 144 III 152, consid. 4.3 et 4.4.3).
| Étape | Dates (ATF 144 III 152, consid. 4) |
|---|---|
| Entrée en service, contrat conclu le jour même | 15 juillet 2015 |
| Fin de l’essai d’un mois, sans absence | 15 août 2015, même quantième (art. 77 al. 1 ch. 3 CO) |
| Absence pour maladie pendant l’essai | Un jour : l’essai est prolongé d’un jour (art. 335b al. 3 CO) |
| Nouvelle fin de l’essai | 16 août 2015 |
| Congé reçu le 16 août 2015 | Encore pendant l’essai : délai de sept jours |
Appliquée à un cas courant, la même règle donne ceci : une entrée le 1er mars donne un essai d’un mois jusqu’au 1er avril ; trois jours de maladie le portent au 4 avril.
Une réserve compte pour les PME qui signent des semaines avant l’arrivée : dans l’affaire jugée, le contrat avait été conclu le jour de l’entrée, et le Tribunal fédéral a laissé ouverte la question du calcul quand il est signé plus tôt (consid. 4.4.3). Ne jouez donc jamais une résiliation sur le dernier jour.
Maladie, accident, obligation légale : l’essai se prolonge d’autant
Une maladie, un accident ou une obligation légale que le collaborateur n’a pas demandé à assumer, un service militaire par exemple, prolongent l’essai du temps réellement manqué, même au-delà de trois mois, sans avenant (SECO). Les vacances ne figurent pas dans cette liste.
Résilier pendant la période d’essai : sept jours, et c’est la réception qui compte
Sept jours civils, sauf autre délai écrit
Pendant l’essai, un licenciement comme une démission se donne avec un délai de sept jours civils, qui peut finir n’importe quel jour de la semaine (SECO). Un accord écrit, un contrat-type ou une convention collective peut raccourcir ce délai, le supprimer ou l’allonger : relisez votre contrat avant de compter.
La lettre doit arriver pendant l’essai
La résiliation doit parvenir à l’autre partie pendant le temps d’essai ; les sept jours peuvent, eux, finir après. Une lettre recommandée vaut le jour où la poste la remet, pas celui du timbre. En cas d’absence que vous connaissez, vacances ou hospitalisation, elle ne prend en principe effet qu’au retour, selon le Tribunal fédéral cité par le SECO. Le plus sûr reste la remise en main propre, contre une signature datée.
Motiver par écrit si l’autre partie le demande
La lettre n’a pas à contenir de motif. Mais la partie qui donne le congé doit le motiver par écrit si l’autre le demande (art. 335 al. 2 CO) : préparez deux ou trois faits datés.
Modèle de lettre de résiliation pendant le temps d’essai. Adaptez-le avec votre fiduciaire ou votre conseil juridique si votre contrat ou votre convention collective prévoit un autre délai.
[Lieu], le [date]
Remise en main propre contre signature, ou envoi recommandéMadame, Monsieur,
Nous résilions le contrat de travail qui nous lie depuis le [date d’entrée], pendant le temps d’essai, avec un délai de congé de sept jours, soit pour le [date de fin].
Si vous le souhaitez, nous vous remettrons les motifs de cette décision par écrit (art. 335 al. 2 CO).
Votre solde de vacances et vos heures seront réglés avec le dernier salaire, et votre certificat de travail vous sera remis à la même date.
[Nom, fonction et signature d’une personne habilitée à engager l’entreprise]
Reçu le : ............ Signature : ............
Ce que la période d’essai n’autorise pas
Pas de période de protection, mais pas de congé abusif non plus
Les périodes de protection de l’art. 336c CO (notamment maladie, accident, service obligatoire, grossesse) ne commencent qu’après le temps d’essai. Une maladie pendant l’essai n’annule donc pas un congé ; elle prolonge l’essai. Un congé reste aussi possible pendant une grossesse (ch.ch), mais pas à cause d’elle : la loi sur l’égalité interdit cette discrimination, y compris lors de la résiliation (art. 3 LEg).
Un congé donné pendant l’essai peut en principe être abusif ; le juge l’apprécie en tenant compte du but de l’essai, qui laisse aux parties une large liberté (ATF 134 III 108, consid. 7.1). Exemple jugé abusif : le congé d’un médecin que l’employeur savait, dès l’engagement, occupé à 20 % ailleurs, et qu’il a licencié parce qu’il ne pouvait pas augmenter son taux tout de suite (consid. 7.1.2).
Pas de « dernière chance » au-delà de trois mois, même appelée « période probatoire »
Le Code des obligations n’emploie pas ce mot. Une « période probatoire » écrite dans un contrat ou un règlement ne change rien à la règle des trois mois : une « dernière chance » au-delà est nulle, même acceptée par le collaborateur (ATF 129 III 124, consid. 3.1). Un nouveau contrat avec un nouvel essai, signé à la fin du premier, ne passe pas davantage (consid. 3.2).
Un intérimaire ou un apprenti que vous engagez en fixe
Vous engagez en fixe un intérimaire qui travaillait déjà chez vous ? Un nouvel essai est possible : la mission, conclue avec l’agence, ne se déduit pas du temps d’essai du contrat fixe, même pour un travail identique (ATF 129 III 124, consid. 3.3). C’est un point à connaître quand vous hésitez entre placement fixe ou travail temporaire. L’apprenti que vous gardez, lui, ne refait pas d’essai : l’apprentissage compte dans la durée des rapports de travail (consid. 3.2).
| Point | Pendant le temps d’essai | Après (première année de service) | Base |
|---|---|---|---|
| Délai de congé | Sept jours, pour n’importe quel jour | Un mois, pour la fin d’un mois ; deux mois de la 2e à la 9e année, trois ensuite | art. 335b al. 1 et 335c al. 1 CO |
| Maladie ou accident | L’essai est prolongé d’autant | Congé nul s’il est donné pendant l’incapacité, durant 30 jours | art. 335b al. 3 et 336c CO |
| Congé abusif | Possible, apprécié au regard du but de l’essai | Possible | art. 336 CO ; ATF 134 III 108 |
| Salaire en cas de maladie | Dû seulement si les rapports de travail ont duré, ou ont été conclus pour, plus de trois mois : à vérifier avec votre fiduciaire | Trois semaines la première année, sauf durée plus longue convenue | art. 324a al. 1 et 2 CO |
Nos limites. Just Ask Me n’est pas une étude d’avocats. Nous vous aidons à organiser l’essai, à préparer l’entretien et la lettre. Un congé contesté ou une convention collective à interpréter se traitent avec un avocat, et le décompte final avec votre fiduciaire.
Trois points de contrôle à placer dans l’essai
Inscrivez ces trois rendez-vous dans l’agenda le jour de la signature du contrat.
| Point | Essai d’un mois | Essai de trois mois | Ce qui se dit |
|---|---|---|---|
| L’accueil | Entre le 5e et le 10e jour | Entre le 5e et le 10e jour | Matériel, accès, personne de référence, compréhension du poste ; vingt minutes |
| Le travail réel | Vers le 15e jour | Vers le 45e jour | Deux choses qui fonctionnent, deux qui ne fonctionnent pas, de chaque côté ; cinq lignes datées |
| La décision | Deux semaines avant la fin | Deux à trois semaines avant la fin | La décision, et ce qui est attendu ensuite |
Le premier point vérifie que la personne a ce qu’il faut pour travailler (le détail de l’accueil des premiers jours est ici). Le deuxième produit un écrit daté, remis à la personne, qui vous servira quoi qu’il arrive. Le troisième vient tôt : avec sept jours de délai et une lettre qui doit arriver pendant l’essai, une semaine avant la fin serait déjà trop juste.
Un problème découvert le dernier jour révèle un essai mal organisé, pas une mauvaise personne. L’essai fait partie de votre processus de recrutement, pas de ce qui vient après.
L’entretien de fin de période d’essai, en quatre temps
- Préparez des faits datés, pas des impressions : trois exemples précis pèsent plus qu’un ressenti général.
- Laissez la personne parler en premier de son bilan. Vous apprendrez parfois qu’un obstacle vient de chez vous : outil manquant, consigne contradictoire, formation jamais donnée.
- Dites les choses dans cet ordre : ce qui est acquis, ce qui manque, ce que vous attendez, la décision. Si elle est positive, fixez deux objectifs mesurables pour les trois mois suivants : c’est le début du suivi des collaborateurs.
- Écrivez un compte rendu de dix lignes, remettez-en une copie, classez l’original.

Si l’entretien s’annonce tendu, voyez comment préparer un entretien difficile.
Quand cela ne fonctionne pas
Décidez tôt : un essai que l’on prolonge dans sa tête sans rien dire coûte plus cher qu’une séparation nette. Annoncez la décision de vive voix, brièvement, puis remettez la lettre contre signature. Réglez dans la foulée vacances, heures et certificat de travail, que la personne peut demander en tout temps (art. 330a CO) ; c’est elle qui choisit entre certificat de travail ou attestation.
Une fois l’essai passé, le délai ordinaire s’applique : un mois pour la fin d’un mois la première année (art. 335c al. 1 CO). Pour licencier après le temps d’essai, d’autres règles entrent en jeu.
Les textes et les sources
- Code des obligations sur Fedlex : art. 335b, 335, 335a, 335c, 336, 336c, 77, 324a et 344a
- ATF 144 III 152 (arrêt 4A_3/2017 du 15 février 2018), calcul du temps d’essai
- ATF 134 III 108, congé abusif pendant le temps d’essai
- ATF 129 III 124 (arrêt 4C.327/2002 du 7 janvier 2003), intérimaire engagé en fixe
- SECO, questions fréquentes sur la résiliation du contrat
- ch.ch, la période d’essai
Sources relues le 22 octobre 2026, Code des obligations en vigueur au 1er octobre 2026.
Autres questions posées
Peut-on prolonger une période d’essai ?
Oui, par accord écrit, jusqu’à trois mois au total ; au-delà, la prolongation est nulle. La loi l’allonge d’elle-même du temps manqué pour maladie, accident ou obligation légale (art. 335b al. 2 et 3 CO).
Que se passe-t-il si le collaborateur tombe malade pendant l’essai ?
L’essai est allongé du nombre de jours manqués, même au-delà de trois mois. La protection contre le congé ne commence qu’après l’essai : un congé reçu pendant la maladie n’est pas nul (art. 336c al. 1 CO).
Les vacances prolongent-elles la période d’essai ?
La loi ne les cite pas, et ch.ch admet que la question n’est pas clairement réglée. Si des vacances tombent pendant l’essai, convenez par écrit, avant le départ, de la manière d’en tenir compte, sans dépasser trois mois.
Un intérimaire engagé en fixe refait-il une période d’essai ?
Oui, c’est possible : la mission passée par l’agence ne se déduit pas du nouvel essai, parce que l’intérimaire n’était pas lié directement à votre entreprise (ATF 129 III 124, consid. 3.3).
Publié le 19 septembre 2026 par Just Ask Me Sàrl. Mis à jour le 23 octobre 2026.
